Le bout du monde - prologue -

Publié le par Anthony

Il y a le bout du monde. Mais juste avant il y a un ponton.

Un vieil assemblage de bois vermoulu par les embruns et marées.

On y trouve de tout, de vieux morceaux de cordes de chanvre rongées par le temps. Des moules tenaces qui s'accrochent aux pieux tant bien que mal. Quelques huitres s'y égarent et des bulots y rêves de liberté. De vieilles trace de pas, du matériel de pêche en attente.

On y trouve aussi des souvenirs, des soupirs et sourires. Le tout en vrac dans des wagons lancés sur les rails de l'existance bleu marine des mers du nord.

Aujourd'hui on y voit une robe noire, gage du deuil de la silhouette qu'elle abrite du vent cinglant. Une âme en peine qui maudit ce bout d'océan. 

Hier on pouvait voir la même ombre, scrutant au loin, par dessus les vagues, le mat dont elle attend l'apparition.  Attendant, sans espoir que la coque de noix familliale ne daigne revenir à son port. Peut-être un jour, après tout mieux vaut tard que jamais. 

Demain on verra revenir ce voile endeuillé au rythme du ressac, au rythme de la marée, maudissant cette flotte qui lui a enlevée ses hommes. Cette flotte qui lui a tout volée, d'un coup de lame. Comme ça, sans raison, parce que la mer fait pas d'exception, elle embrasse ces visiteurs a la manière un peu brutale d'une catin franche et sans gants.

La vieille rentra à la maison, seule. La Marquise était sortit du port à cinq heures. C'était quel jour déjà ?

Publié dans Le bout du monde

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Charles 14/02/2009 20:06

Super encore une fois! Je crois que c'est mon préféré de tous celui-là. Comme les autres c'est bien écrit et poétique, et surtout, et c'est important pour moi, on ne s'ennuie pas, ça se lit tout seul.