Le bout du monde - 8 -

Publié le par Anthony

Il pleuvait. Simon voyait enfin la pluie tombée sur la Bretagne. Il constata que les odeurs, les couleurs et les bruits qu'il imaginaient depuis si longtemps étaient bien ceux de la réalité. Il sourit au ciel gris et à la côte déchirée qui s'éloignait lentement dans le sillage d'écume laissé par le morutier. Lui qui n'était jamais sortit de son petit quartier Parisien, voilà qu'en l'espace de deux semaines il se retrouvait héritier richissime de sa grand mère bretonne et embarqué dans une expédition scientifique avec une bande de vieux fous. Il prit un peu de temps à la poupe du voilier pour faire le point. Il se sentait ivre, il se sentait vivre.

En sortant de chez le notaire il était rentré à l'hôtel avec le vieux marin. Celui ci lui parla de l'expédition scientifique qu'il dirigeait ; un voyage vers les bancs de Terre Neuve dans les conditions de l'époque. Simon planait, co héritier d'une fortune, il écoutait surtout les battements de son coeur. Ce soir là il bu comme jamais, il  n'avait jamais bu. Saoul après quelques verres, il pensa à sa vie. Le rythme routinier du metro boulot dodo. L'attente quotidienne du soir, l'attente du couché, l'attente du sommeil et de son cortège d'aventures oniriques. Sa drogue l'avait enfermé entre quatre murs. Le vieux Le Nerrant dû sentir ce vague à l'âme, il proposa au jeune mousse de l'accompagné à bord ; il lui parlerait de la vie que menait ses ancêtres. Les deux semaines suivantes furent consacrées aux derniers préparitifs de l'expédition, trouver la viande sèchée, la salée, l'entreposée, remplir les tonneaux d'eau douce. Simon aidait, pour tromper l'ennui, pour retarder son retour sur Paris. Entre deux chargement le mousse et le vieux loup de mer allaient voir la masure de ses arrières grands parents. Et comme Le Nerrant l'avait fait avec la grand mère il raconta à Simon les histoires de marins du village. Il raconta la vie des marins paysans qui partaient au printemps sur les bancs brumeux vider les morures de leur entrailles, puis revenaient à l'automne glaner ici ou là du boulot dans les fermes. Des hommes amphibies qui louaient leur vies aux patrons pour échapper à la misère. Chaque jours il égrainait ses histoires : le retour au port, à chaques campagnes, les perdus, les noyés, les malades qui ne revenaient pas. Les femmes et les mères résignées par le tribu réclamé par la mer, cette maudite putin. Parfois c'était le bateau et son équipage au complet ne rentraient pas, perdus. C'était l'histoire de sa famille. Deux fois la mort avait frappé le foyer, l'arrière grand mère avait poussée sa fille à fuir le mauvais sort.

Un jour, Le Nerrant, proposa à Simon de rejoindre sa troupe de vieux fous. Après tout, c'était aussi son histoire. Les pêcheurs avaient toujours emmenés de jeunes mousses, fallait respecter la tradition, c'est sacrée la tradition. Et aujourd'hui Simon regardait la Bretagne s'éloignée, il pensait la quittée comme il l'avait rejoint, sur les rails, vers l'est. Au lieu de ça c'est par la mer, vers l'ouest qu'il s'éloignait de son ancienne vie. Sous le crachin qu'il avait tant et tant rêvé il sentit un oeil se poser sur lui. Le mauvais oeil ?

Publié dans Le bout du monde

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Charles 08/06/2009 21:21

C'est drôle comme deux mondes se mélangent. C'est peut-être juste lié à ma manière d'imaginer ce que tu écris, mais je vois toujours la partie des bateaux comme quelque chose de plus ancien, à l'époque des bateaux en bois. Alors que dans un chapitre d'avant on parle de vacances et maintenant de "métro boulot dodo"! Je pense que tu le fais exprès, je me demande à quoi ça va conduire!

Anthony 09/06/2009 18:00


En effet 2 époques se superpose, j'aime bien ça. Mais c'est pas évident de marquer les différents temps. Je pense peut -être utiliser le présent et le passé pour les différentes périodes, quand je
retravaillerais tout ça ^^.


A2 20/04/2009 17:18

mmmh mmmh! la suite!