Le bout du monde - 1 -

Publié le par Anthony

De l'autre côté de l'océan il y a l'autre bout du monde. L'autre monde, celui qu'on ne voit pas. Il est l'opposé, l'obscure, il boucle la boucle, de l'autre côté du rideau.

Si l'on fermait les yeux, ont pourrait l'atteindre d'une enjambée. En un instant. Il suffirait de se pencher. Il suffirait de se laisser porter par les flots dans les brumes nordiques.

Pour le rejoindre il faudrait mettre le cap au large. Il faudrait quitter le ponton, sauter sur le pont. Il faudrait larguer les amarres, déployer la voilure, faire siffler le vent dans les gréements. Et puis il faudrait suivre la course des étoiles et quand la nuit se finirait peut-être toucher au but.

On débarque à l'autre bout du monde au petit matin. Quelque soit l'heure du départ, c'est quand les rayons du soleil tirent les ombres des hauts bâtiments que l'on jette enfin le packetage. On accoste alors sur un quai comme il en existe des milliers. Comme tout les autres, en bois, avec des crustacés accrochés. Des bouts de plastiques collés au dessous. Des cordes rongées par le sel sur des bites rouillées. 

Et derrière le ponton se déroule un décor familier. On se retrouve derrière le rideau, dans les coulisses étranges du monde. C'est un miroir déformant, un moyen de voir la vie par l'autre bout de la lorgnette.

En vrac, il y a des immeubles, de grandes tours carrées et vitrées. Un phare pour orienter les marins perdus. Pour les attirés dans les filets de l'autre réalité. Une tour ronde aussi avec un disque qui tourne sur une vis sans fin pour hypnotiser les débarqués.

Sur les hauteurs, comme toujours, un château domine le port. Un peu en retrait, des centrales énergétiques et de grands réacteurs qui trempent leurs tuyauteries nonchalemment au bord de l'eau. L'eau est omniprésente, tout autour de nous, tout autour de l'autre bout du monde. Au milieu de tout ce foutoir, des rues, pleins de rues qui serpent entre tout ça. Et dans ces rues pleins de gens, des monsieurs tout le monde et des inconnus. Tous disparus mais jamais oubliés. 

Ils sont ceux que l'on attend de l'autre côté. Ceux vers qui les regards lointains sont tournés. Ceux pour qui les bougies sont allumées. Ceux aussi qui ne sont plus qu'une photo sur la commode, plus qu'une tâche au fond de la mémoire mais toujours là, quelques part dans nos souvenirs. Car ici les souvenirs d'hier se croisent aux coins de la rue, ils se saluent. Ils marchent et ils courent, ils sont là, bien vivants, bien réels. Ils sont simplement à l'autre bout du monde.

Publié dans Le bout du monde

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Charles 25/02/2009 23:25

Toujours aussi agréable à lire!
Je me demande: tu habites prêt d'un port? On sent que tu aimes ce genre d'endroit!

Anthony 26/02/2009 10:19


Oui sur l'estuaire de la Loire ^^, j'espere bientot me rapprocher encore plus de l'ocean. Merci